Chapitre 3Ce que tu pourras (ou non) faire de cette maison
Voilà la partie que la déco ne te dira jamais, et celle qui sépare un bon achat d'une grosse déconvenue. Tu n'achètes pas seulement une maison telle qu'elle est aujourd'hui : tu achètes ce que tu auras le droit d'en faire.
Le document qui répond à presque tout : la NRA
Il existe un seul document qui rassemble l'essentiel : la NRA (Note de Renseignements d'Aménagement). Une note officielle qui te dit, pour un terrain précis, ce que l'administration sait de lui.
La NRA, c'est ta radio du terrain. Là où la plupart des acheteurs se fient à ce que dit le vendeur, la NRA te donne la version officielle, écrite : la zone d'urbanisme, les risques naturels (PPR), le droit de préemption, la constructibilité, et les servitudes administratives. Elle se demande à la DCA (Direction de la Construction et de l'Aménagement), avec un plan de la parcelle (extrait du cadastre). Compte en général quelques semaines. Elle est obligatoire pour toute vente : le compromis et l'acte doivent reproduire une NRA de moins d'un an (Code de l'aménagement, art. LP 115-1).
Deux types de servitude à ne pas confondre
Servitude 1
Entre voisins (passage)
Ne figure jamais dans la NRA : c'est dans le titre de propriété du vendeur qu'elle est écrite. C'est elle qui dit si tu as un droit de passage acté ou seulement une tolérance.
Servitude 2
Administrative
Imposée par l'administration (ex : servitude de curage le long d'une rivière). Se trouve dans le titre et dans la NRA. Mais le titre photographie le jour de l'achat du vendeur ; la NRA récente rattrape ce qui est apparu depuis.
La NRA, c'est à l'agent de la demander. Un bon agent demande la NRA lui-même, dès la prise du mandat, pas à toi de courir après. Pose simplement la question : « tu as la NRA ? » Si oui, tu gagnes des semaines. Si on te répond « c'est quoi ? », c'est déjà une information sur le sérieux de l'accompagnement.
Le titre de propriété : le vendeur peut-il vraiment vendre ?
En Polynésie, beaucoup de terres sont en indivision, parfois depuis plusieurs générations, et certaines reposent sur des titres anciens (les tōmite). Avant de t'engager, assure-toi que le vendeur est bien seul propriétaire, ou que tous les indivisaires signent. C'est le notaire qui vérifie l'origine de propriété, mais pose la question dès la visite : un titre compliqué, c'est des mois de retard, voire une vente impossible. Pour aller plus loin : le guide de l'indivision.
Est-ce que je pourrai agrandir ?
C'est souvent le projet caché derrière l'achat : « on prend petit, on agrandira plus tard ». Encore faut-il que ce soit autorisé, et par où. Deux règles qui se superposent :
Règle 1
PGA ou Code de l'aménagement
Le PGA (Plan Général d'Aménagement) est le plan d'urbanisme de ta commune. Il dit ce qu'on a le droit de construire dans chaque zone. Là où il n'y a pas de PGA, ce sont les règles du Code de l'aménagement de la PF.
Règle 2
Les prospects
Les distances à respecter par rapport aux limites du terrain (voisins, route). Tu peux avoir le droit d'agrandir « sur le papier » et te retrouver coincé parce que la maison est déjà trop près de la limite.
« J'agrandirai plus tard ». Vérifié dans le détail, ce projet caché peut s'effondrer. La vraie question, avant le coup de cœur : qu'est-ce que je peux concrètement construire en plus sur ce terrain, et de quel côté ? Une fois signé, c'est trop tard.
Le cahier des charges du lotissement
La règle la plus stricte gagne toujours. Si la maison est dans un lotissement, il y a souvent un cahier des charges en plus de l'urbanisme. Entre PGA et cahier des charges : la règle la plus stricte s'applique. Trois questions à poser : peux-tu mettre plusieurs logements sur la même parcelle (studio à louer, parent à loger) ? La location courte durée est-elle autorisée (beaucoup l'interdisent) ? Une dépendance existante a-t-elle été construite avec autorisation ?
Le PPR : la carte des risques (à ne jamais zapper)
Le PPR (Plan de Prévention des Risques) est la carte des risques naturels d'une zone : inondation, submersion, glissement de terrain. Selon le niveau de risque (l'aléa), on peut construire normalement, sous conditions, ou plus du tout. Tu le découvres dans la NRA.
La zone a pu passer en rouge depuis la construction. Une maison bâtie il y a 15 ans en zone constructible… et la zone passée en risque fort depuis. Concrètement : si un jour tu veux agrandir, reconstruire après un sinistre ou faire de gros travaux, tu pourrais ne plus en avoir le droit. À vérifier dans quel niveau de risque se trouve la maison aujourd'hui, pas à l'époque de sa construction.
Et au moment de signer : le notaire et la DIA
La NRA dit aussi si le bien est dans une zone soumise au droit de préemption. Si c'est le cas, le notaire adresse à l'administration une DIA (Déclaration d'Intention d'Aliéner) : le Pays ou la commune peut alors acheter en priorité, à ta place. Il a 3 mois pour répondre (4 mois quand le Pays dispose d'un droit de substitution) ; sans réponse dans ce délai, la vente se fait librement. On dit qu'on « purge » le droit de préemption. Étape normale dans ces zones, pas un mauvais signe : ton conseiller immobilier et ton notaire pilotent ça.