Airbnb en Polynésie : les 7 règles à connaître avant de louer
Louer en courte durée au fenua, c'est possible, et ça peut bien rapporter. Mais il y a deux mondes à respecter, le tourisme et le fisc, plus le règlement de ta copropriété. Voici les 7 règles qui s'appliquent vraiment ici, sans le droit métropolitain qu'on lit partout.
Dans cet article
- 1. Déclarer ton activité au Service du Tourisme
- 2. Afficher ton numéro d'enregistrement partout
- 3. Te faire connaître du fisc
- 4. Payer le juste impôt
- 5. Profiter de l'exonération de 3 ans
- 6. Vérifier ta copropriété avant tout
- 7. Choisir entre nom propre et société
- Ce qui ne s'applique pas ici
- Et la rentabilité ?
- Les questions qu'on me pose le plus
- Ce que je te conseille
Le meublé de tourisme a son propre régime en Polynésie, différent de la location meublée longue durée, et différent de la métropole. Voici les 7 règles, dans l'ordre où elles se posent.
1. Déclarer ton activité au Service du Tourisme
C'est le socle, fixé par la loi du pays n° 2018-10 du 29 mars 2018, renforcée par la loi du pays n° 2021-8 du 1er février 2021. Avant ta première location, tu fais une déclaration préalable en ligne sur mes-demarches.gov.pf. Un récépissé t'est délivré : tu le transmets à ta mairie, toujours avant de louer. Tu établis aussi un règlement intérieur, à communiquer à tout intermédiaire.
2. Afficher ton numéro d'enregistrement partout
Ton numéro d'enregistrement doit figurer sur toutes tes annonces : Airbnb, Booking, Facebook. Pas de numéro, c'est une infraction. Le défaut de déclaration, l'absence de transmission à la mairie ou la non-communication du nombre de nuitées exposent à une amende administrative pouvant atteindre 300 000 F.
3. Te faire connaître du fisc
Être déclaré au tourisme ne te dispense pas du fisc : ce sont deux mondes séparés, et les deux sont obligatoires. Dès que tu loues, tu exerces une activité commerciale. Tu t'inscris au registre des patentes, où la location saisonnière porte le code L23, par le CDFE de la CCISM, ce qui t'ouvre ton numéro T.A.H.I.T.I. Sans inscription, l'administration peut procéder à une taxation d'office, avec une pénalité de 40 à 80 %.
4. Payer le juste impôt
- La patente est calculée sur la valeur locative du bien, soit 12 % de sa valeur vénale (loi du pays 2024-8), pas sur tes loyers : droit proportionnel de 2 %, plus les centimes communaux. L'exonération « sous 2 millions de loyers » ne vaut que pour la longue durée : en meublé de tourisme, tu es imposable dès le premier franc (sous 10 millions, elle est comprise dans le forfait TPE).
- L'impôt foncier se calcule lui aussi sur la valeur vénale : valeur vénale × 12 % × 75 % × 10 %, plus les centimes communaux. Pour un bien de 50 millions, avec 50 % de centimes : environ 675 000 F par an.
- L'IT et la CST portent sur tes recettes, par tranches : l'IT va de 1,5 % jusqu'à 5,5 millions à 11 % au-delà de 82,5 millions. Si ton chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 millions, un forfait TPE remplace la patente, l'IT et la CST : 25 000 F jusqu'à 2 millions, 45 000 F jusqu'à 5 millions, 110 000 F jusqu'à 7,5 millions, 200 000 F jusqu'à 10 millions.
- La TVA à 13 % s'applique au-delà de 10 millions de chiffre d'affaires. Elle passe à 9 % pour les nuitées facturées à partir du 1er janvier 2027 (loi du pays n° 2025-38).
- La taxe de séjour est réformée pour les séjours à partir du 1er janvier 2027 : chaque commune fixe son tarif, dans la limite de 800 F par personne et par nuit pour un meublé de tourisme. Tu la perçois auprès de tes voyageurs, avant leur départ, pour la reverser à la commune. Même si tu passes par Airbnb ou Booking, c'est toi qui en restes redevable.
Attention au seuil : les 10 millions s'apprécient sur l'ensemble de tes revenus non salariés. Avec 6 millions d'activité indépendante et 5 millions d'Airbnb, tu passes à 11 millions, donc au régime réel et à la TVA, même si ton Airbnb seul reste sous le seuil.
5. Profiter de l'exonération de 3 ans
Si tu crées une activité réellement nouvelle (pas une reprise ni une extension), tu es exonéré pendant tes 3 premières années de patente, d'IT, de CST et de forfait TPE. L'impôt foncier et les cotisations sociales, eux, restent dus. C'est l'exonération que peu de loueurs connaissent.
C'est le prix d'achat qui décide de ta rentabilité. Confie-moi ta recherche : on cible les secteurs et les biens où les chiffres tiennent, et on vérifie le règlement de copropriété avant toute offre.
Confie-moi ta recherche6. Vérifier ta copropriété avant tout
Être en règle avec le tourisme et le fisc ne suffit pas : si ton règlement de copropriété l'interdit, tu peux devoir tout arrêter. Tout dépend de la clause de destination.
- Clause d'habitation exclusive : la courte durée est interdite, même si le règlement autorise la location meublée d'un appartement entier. Arrêt Royal Palms, Cour d'appel de Papeete, 28 septembre 2023, devenu définitif : la Cour de cassation a rejeté le pourvoi le 20 novembre 2025.
- Clause simple (habitation et professions libérales) : pas d'interdiction d'office. En métropole, la Cour de cassation juge qu'une location courte durée sans prestations para-hôtelières n'est pas une activité commerciale (25 janvier 2024). Un juge polynésien peut s'en inspirer, sans garantie.
- En lotissement, c'est le cahier des charges qui compte. Arrêt Tiaia, Cour d'appel de Papeete, 9 novembre 2023 : le cahier des charges de ce lotissement de Moorea ne visait pas la location saisonnière, elle n'a donc pas été interdite.
- Pour ajouter une interdiction à un règlement qui ne la prévoit pas, il faut l'unanimité des copropriétaires. Si un vote passe à une mauvaise majorité, seul celui qui a voté contre, ou l'absent non représenté, peut le contester, dans les 2 mois de la notification du procès-verbal.
Tout le détail est dans l'article sur la copropriété et la location courte durée.
7. Choisir entre nom propre et société
Deux questions décident de tout : combien tu encaisses par an, tous revenus non salariés confondus, et à quel nom tu loues. Voici ce que ça donne, et ce qu'on te conseille dans chaque cas.
| Ta situation | Ce que tu paies | Ce qu'on te conseille |
|---|---|---|
| En nom propre, 10 millions ou moins de revenus non salariés par an | Un forfait TPE qui remplace patente, IT et CST : de 25 000 F à 200 000 F par an. Pas de TVA. Plus l'impôt foncier | Reste en nom propre : c'est le régime le plus léger. Si c'est une vraie création d'activité, demande l'exonération de 3 ans. Et surveille ton cumul avec tes autres revenus d'indépendant |
| En nom propre, plus de 10 millions | Régime réel : patente sur la valeur vénale, IT et CST par tranches sur tes recettes (1,5 % à 11 %), TVA à 13 % (9 % à partir du 1er janvier 2027), plus l'impôt foncier | Fais chiffrer par un expert-comptable avant de passer le seuil. Compare avec une société qui isole ton Airbnb de tes autres revenus |
| En SCI, quel que soit le chiffre d'affaires | Impôt sur les sociétés obligatoire : 25 % du bénéfice, puis 12 % sur les dividendes quand l'argent sort (7 % d'impôt sur les capitaux mobiliers et 5 % de CST). Jamais de forfait TPE. Patente et impôt foncier en plus. Comptabilité complète et bilan annuel | Pertinent seulement si le bénéfice est élevé et que tu le laisses dans la société (travaux, remboursement du prêt, nouvel achat). Sinon, les frais de comptable mangent l'avantage |
Et le jour où tu revends ? En nom propre, c'est la plus-value immobilière : 50 % avant 5 ans, 20 % ensuite, exonération à 10 ans. En SCI à l'IS, pas de plus-value immobilière : le gain entre dans le bénéfice de la société, imposé à l'IS. Et avec une SCI qui loue en courte durée, mieux vaut vendre le bien que la société : c'est en général plus avantageux, mais fais vérifier les calculs par ton comptable. Le choix du nom propre ou de la société se fait donc à l'achat, en pensant déjà à la revente, avec ton expert-comptable. Voir aussi créer une SCI à Tahiti et la plus-value en Polynésie.
Ce qui ne s'applique pas ici
L'autorisation de « changement d'usage » des grandes villes françaises, la loi Le Meur de 2024, le test fiscal des « 3 services para-hôteliers sur 4 » : ce sont des règles métropolitaines, inapplicables en Polynésie. Ne te rassure pas avec l'une, ne t'inquiète pas avec l'autre. Et même quand tout est autorisé, les troubles anormaux de voisinage peuvent faire condamner une location : ton règlement intérieur est ta meilleure protection.
Et la rentabilité ?
Le calcul « nuitée × 30 × 12 » est faux. Le taux d'occupation moyen du marché tourne autour de 45 à 48 %, la conciergerie prend environ 20 % des revenus, et il faut ajouter ménage, blanchisserie, commissions, charges et impôts. Une fois tout soustrait, la rentabilité réelle tourne souvent autour de 4 à 6 % dans les meilleurs cas. Les chiffres par secteur (Moorea, Punaauia, Presqu'île, Papeete) sont dans le guide Airbnb.
Les questions qu'on me pose le plus
Faut-il déclarer son Airbnb en Polynésie ?
Oui, deux fois. Au Service du Tourisme avant la première location (déclaration en ligne sur mes-demarches.gov.pf, récépissé à transmettre à la mairie, numéro d'enregistrement sur chaque annonce), et à la DICP pour la fiscalité (inscription à la patente, code L23, via le CDFE de la CCISM).
Quels impôts paie un loueur Airbnb en Polynésie ?
La patente, calculée sur la valeur locative du bien et due dès le premier franc ; l'impôt foncier, calculé sur la valeur vénale ; l'IT et la CST ; un forfait TPE remplace les trois si le chiffre d'affaires ne dépasse pas 10 millions ; et la TVA à 13 % au-delà de 10 millions, ramenée à 9 % à partir du 1er janvier 2027. Une vraie création d'activité est exonérée de patente, IT, CST et forfait TPE pendant 3 ans.
Ma copropriété peut-elle m'interdire la location courte durée ?
Si le règlement contient une clause d'habitation exclusive, oui : la Cour d'appel de Papeete l'a jugé en septembre 2023 (arrêt Royal Palms), et la Cour de cassation a rejeté le pourvoi en 2025. Avec une clause simple, pas d'interdiction d'office, sauf troubles de voisinage : en métropole, la Cour de cassation juge qu'une location courte durée sans prestations para-hôtelières n'est pas commerciale. Et pour ajouter une interdiction au règlement, il faut l'unanimité des copropriétaires.
Que risque-t-on sans déclaration ?
Côté tourisme, une amende administrative pouvant atteindre 300 000 F. Côté fisc, une taxation d'office assortie d'une pénalité de 40 à 80 %.
Ce que je te conseille
Dans l'ordre : lis ton règlement de copropriété, fais tes deux déclarations, tourisme et fisc, avant la première nuit louée, et calcule ta rentabilité sur un taux d'occupation réaliste. Et si tu achètes pour louer, pars du revenu net pour en déduire le prix maximum que tu peux payer, jamais l'inverse.
Que tu loues déjà en Airbnb ou que tu envisages de vendre, on pose les chiffres réels de ton secteur. Gratuit et sans engagement.
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